Les personnes riches et puissantes ont-elles une moralité douteuse ?

Quand la science s'interroge sur l'éthique des plus riches...

A l’énoncé de cette question, certains vont peut-être hurler : on est encore en train de dénigrer les riches ! Sauf que c’est la science qui s’interroge ici. De plus en plus d’études scientifiques s’intéressent en effet à cette question.

Et il y a plein de bonnes raisons de questionner l’éthique des gens de pouvoir et des plus riches. Ne serait-ce que parce que les conséquences de leurs actions pèsent d’autant plus que leur influence sur le monde et la société est importante. Les conséquences des mensonges ou des fraudes des gens de pouvoir ont forcément un impact sur  un pays, sur la démocratie, sur l’économie mondiale…

Que disent ces études ?

Dans une expérience menée par l’université de Berkeley, les chercheurs se sont postés à une intersection et ont observé les modèles de voitures qui avaient plus tendance à griller la priorité. Il s’avèrent que les personnes qui conduisent les voitures les plus chères enfreignent quatre fois plus le code de la route que celles qui conduisent des voitures bon marché.

Le chercheur Dacher Keltner commente cette étude : il semble que la richesse et les privilèges amènent à se sentir au-dessus des lois et à s’autoriser à traiter les autres comme s’ils n’existaient pas.

Une autre étude observait une personne à un passage piéton et notait les voitures qui s’arrêtaient pour la laisser passer. Les résultats sont encore plus marqués. Toutes les voitures bon marché s’arrêtaient tandis que la moitié des voitures les plus chères ignoraient complètement le piéton, alors même que les conducteurs avaient clairement vu son intention de traverser.

Une tendance de fond

Tout un ensemble d’études montrent que les très riches fraudent plus sur leurs impôts, trompent plus leur partenaire, sont globalement moins empathiques et ont tendance à donner proportionnellement à leurs revenus beaucoup moins que les classes moyennes ou un peu plus aisées.

Le pouvoir fait sauter les freins et amène à avoir des comportements égocentrés, sans se soucier du bien commun.

Pour Adam Galinsky, de la Columbia Business School, le pouvoir a un effet libérateur sur les gens. Il fait sauter les freins et amène les personnes à agir en fonction de leurs propres désirs et le plus souvent à avoir des comportements égocentrés, sans se soucier du bien commun.

On pourrait se poser la question si ces traits  de caractères sont la conséquence du fait d’être très riche et puissant ou bien s’ils sont préexistant. L’égoïsme et le manque d’empathie pourrait être ce qui permet justement à ces personnes de se concentrer uniquement sur elle-mêmes et leurs objectifs au détriment des autres. Cette idée est encore moins réjouissante : ceux qui réussissent seraient ceux qui marchent sur les autres. Ou bien la richesse et le pouvoir sont-ils fondamentalement corrupteurs ?

On s’intéresse de plus en plus à l’éthique des gens de pouvoir

Ce champ de recherche reste encore relativement nouveau et ces découvertes doivent encore être approfondies par d’autres études. Mais il s’agit d’une réelle tendance dans la recherche. On assiste à un véritable boom d’études sur l’éthique des gens de pouvoir et les conséquences de la richesse sur les comportements. Dans un monde où les inégalités sont de plus en plus grandes, la question mérite bel et bien d’être posée…

Sources

http://articles.latimes.com/2012/feb/27/science/la-sci-0228-greed-20120228

https://www.washingtonpost.com/news/speaking-of-science/wp/2018/08/13/are-rich-people-more-likely-to-lie-cheat-steal-science-explains-the-world-of-manafort-and-gates/

https://www.nytimes.com/2010/08/22/magazine/22FOB-wwln-t.html?_r=1