Laisser passer le train des pensées

Mettre de l'espace entre soi et ses pensées

Ce que j’aime dans la méditation, c’est qu’elle permet de mettre de l’espace entre soi-même et ses pensées.
Contrairement à ce qu’on entend parfois, la méditation n’a pas pour but de supprimer les pensées. Il s’agit plutôt de changer la relation que nous entretenons avec elles.

Parce que nous ne sommes pas nos pensées.
Nous pouvons avoir des pensées de colère, sans nous mettre en colère.
Nous pouvons avoir des pensées anxieuses, sans être anxieux.
Nous pouvons avoir des pensées teintées de tristesse, sans ressentir la tristesse.
Et cela vaut pour tout type de pensées, qu’elles soient de peur, de haine, de jugement…

Autrement dit, nous avons la capacité de ne pas nous laisser embarquer par une pensée. La pratique de la méditation de pleine conscience renforce cette liberté, que nous méditions assis ou que nous maintenions une certaine qualité de conscience pendant toute la journée.

Méditer dans le quotidien, c’est simplement reconnaître une pensée anxieuse quand elle arrive, et choisir de ne pas la suivre. On peut voir le train arriver et décider de rester à quai, et de partir plutôt faire une balade en forêt. Parce que nous savons que si nous montons dans le wagon d’une pensée anxieuse, il y a de fortes chances que nous soyons en train d’embarquer dans un grand 8, pas forcément des plus agréables…

Nous ne choisissons pas forcément les pensées qui nous viennent à l’esprit, mais nous pouvons décider ce que nous en faisons. Avec cet espace de conscience, nous gagnons en liberté par rapport à nous-mêmes.

Cet espace peut être mince, il n’est pas forcément facile de maintenir cet équilibre tout le temps et en toutes circonstances. Mais y être attentif nous permet d’éviter de partir dans des manèges émotionnels qui nous épuisent.

Ce n’est pas parce qu’il y a un train en gare, qu’il faut nécessairement sauter dedans !

Les pensées sont comme le vent…

Et si les pensées n'étaient que des phénomènes naturels, comme la pluie qui tombe, le vent qui souffle, le tonnerre qui gronde ? La méditation nous aide à les laisser passer plutôt que de les combattre...

A quoi bon s’énerver contre le vent qui souffle ? Avez-vous essayé de crier au vent : “arrête-toi de souffler, tu m’énerves, tu me fatigues, vas-t’en, vent !” Ce serait dépenser beaucoup d’énergie pour rien, n’est-ce pas ?

Et pourtant n’est-ce pas ce que nous faisons envers nos pensées ? Nous voudrions parfois les calmer, les arrêter tant elles nous fatiguent, nous obsèdent, nous stressent… Mais comme le vent souffle,  s’arrête, puis revient… Les pensées pensent, passent, s’effacent et d’autres viennent…

Les pensées sont des phénomènes naturels, nous ne pouvons les éviter. Mais nous pouvons changer notre rapport à elles.

Et de la même manière dont on peut utiliser l’énergie du vent pour produire de l’électricité, peut-être peut-on observer le potentiel énergétique des pensées ?

Sans se laisser embarquer par le vent des pensées, mais en les laissant être ce qu’elles sont… Et en douceur, remonter et se connecter à l’énergie qui est leur source.

De cette manière, non seulement, nous ne dépensons pas notre énergie à combattre en vain les pensées. Mais nous pouvons alors aussi entrevoir une source d’énergie en nous… et une énergie renouvelable ! Que ferions-nous alors de cette nouvelle énergie ?

Entre observation et imagination

Maintenir une attention égale, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Arrivons-nous encore à laisser le temps s'écouler sans rien faire d'autre ? Nous accordons-nous des moments de pure contemplation ?

Le passage suivant de Henry David Thoreau illustre ce que peut être une expérience de contemplation. Il s’agit de laisser émerger le temps présent, observer les jeux d’ombre et de lumière, écouter les sons de la nature, sans essayer d’en faire quelque chose.

Il y eut des moments où je ne pouvais sacrifier l’éclosion du moment présent à quelque travail que ce fût, manuel ou intellectuel. J’aime mettre une grande marge dans ma vie. Parfois, les matins d’été, après avoir pris mon bain rituel dans le lac, je m’asseyais de l’aube jusqu’à midi sur le seuil ensoleillé de ma porte, perdu dans ma rêverie parmi les pins, les noyers blancs et les sumacs.
Dans ma solitude tranquille, entouré du chant des oiseaux et de leurs vols furtifs à travers la maison ouverte, je ne prenais conscience de l’écoulement du temps que lorsque le soleil baissait à l’ouest ou qu’au loin sur la grand-route s’ébranlait la carriole d’un voyageur. J’ai mûri pendant ces saisons comme le maïs pendant la nuit. Cela me fut bien plus profitable que n’importe quel travail manuel. Ce temps ne fut pas soustrait de ma vie mais accordé comme un sursis. Je pris conscience de ce que le mot contemplation signifie pour les Orientaux. La plupart du temps, je ne me souciais guère de la façon dont les heures s’écoulaient. La journée avançait comme pour éclairer l’un de mes travaux secrets. Le jour se lève, et soudain le soir survient, et rien de mémorable n’a été accompli.

– Henry David Thoreau

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Méditer sur le ressenti corporel

Le corps sait...
N'avez-vous jamais eu l'impression de passer une journée en étant "à côté de vos pompes" ? Autrement dit, l'impression d'être là sans être là, de ne pas être complètement engagé dans votre vécu, de ne pas saisir réellement le sens de ce qui se passe...

Et si nous revenions à l’expérience corporelle ? Le ressenti corporel, c’est le fait de placer sa conscience dans le corps et de ressentir, d’être présent aux différentes sensations.

“Le sens corporel n’est pas une expérience mentale mais une expérience physique. Le sens corporel ne se présente pas sous forme de mots, de pensées ou d’un autre élément distinct. Il se présente comme un sentiment physique unique, bien que souvent déconcertant et complexe.”
Eugène Gendlin

Le ressenti corporel n’est pas une émotion qui est déjà une forme de réaction. Une émotion peut être nommée, on sait de quoi il s’agit. Le ressenti corporel lui est plus vague, plus complexe, plus subtil. Il nous échappe, il évolue rapidement. Difficile de lui coller une étiquette…

Ce n’est pas non plus une simple sensation physique. Le sens corporel inclut plus largement notre manière de vivre une expérience. C’est une expérience globale qui prend en compte toutes les dimensions de la personne, le corporel, l’émotionnel, le psychique… Cependant, son mode d’accès est le corps. S’il ne s’agit pas d’une sensation localisée, on va tout de même se focaliser sur le corps et les sensations tactiles pour rentrer en contact avec lui.

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30 jours pour créer de nouvelles habitudes

Voilà une idée apparemment simple, trop simple, voire même peut-être simpliste pour certains :

faire une chose nouvelle pendant 30 jours d’affilée.

Pourquoi faire ? Pour rompre la monotonie du quotidien, pour sortir de sa routine ennuyeuse. Et pourquoi pas 30 jours pour installer une nouvelle habitude… une bonne de préférence !

Cette proposition, il faut la vivre comme un challenge. Penser à quelque chose que vous voudriez faire plus souvent. Commencez dès aujourd’hui et poursuivez pendant au moins les 30 jours suivant. Il y a de fortes chances que cette action devienne une bonne habitude au bout de quelque temps.

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S’ennuyer sans perdre son temps

Si vous avez passé des vacances « bien remplies », c’est peut-être que vous n’en avez pas vraiment profité. Contradictoire ? Pas forcément !

Nous avons tendance à vouloir rentabiliser nos vacances et nos week-ends, autrement dit à les remplir d’activités, de sorties, de restaurants… jusqu’à satiété, voire même épuisement. Comme le travail, nos loisirs ont tendance à se mesurer désormais à leur productivité : en faire toujours plus, pour avoir l’impression d’en profiter pleinement.

Ca peut être parfois une fuite en avant, pour ne pas se confronter au temps qui passe, pour éviter de se retrouver seul face à soi-même. Il y a quelque chose en nous qui a peur du temps perdu.

Alors que faire ? Sans pour autant ériger la procrastination ou l’ennui en art de vivre, ce serait une simple posture, essayons d’éprouver ces temps improductifs, plutôt que de les fuir. Vivons-les pleinement. Soyons pleinement là dans ce temps inutile. Ce moment de vide, remplissons-le de notre présence. Il participe aussi pleinement à notre construction.

Cette méditation, c’est Albert Camus qui la propose dans La Peste :

Question : comment faire pour ne pas perdre son temps ? Réponse : l’éprouver dans toute sa longueur. Moyens : passer des journées dans l’antichambre d’un dentiste, sur une chaise inconfortable ; vivre à son balcon le dimanche après-midi ; écouter des conférences dans une langue qu’on ne comprend pas ; choisir les itinéraires de chemin de fer les plus longs et les moins commodes et voyager debout naturellement ; faire la queue au guichet des spectacles et ne pas prendre sa place, etc.

La méditation en action : laisser faire et toucher la cible

S'efforcer de laisser faire ?
Le laisser faire, ou lâcher prise, authentique est difficile à appréhender. D'autant plus que nous avons l'habitude, au contraire, de mettre l'accent sur la volonté consciente, l'effort acharné, la maîtrise de soi. Le laisser faire est pourtant au cœur de la pratique de la méditation, et plus largement de toute forme de culture de soi : auto-hypnose, tai chi chuan, qi gong, etc.

Lorsqu’on parle de méditation, on retrouve souvent cette injonction : lâcher-prise ! Facile à dire, mais quand on se met à la pratique, essayer de laisser faire peut devenir une source de tension.

Un paradoxe : s’efforcer de lâcher prise

Comment s’y prendre ? Est-il même possible d’apprendre à laisser faire, consciemment, par la volonté ? N’y a-t-il pas là une contradiction absurde : s’efforcer à laisser faire ? Et d’où vient ce laisser faire ?

Le petit livre d’Eugen Herrigel, Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc, nous donne des pistes très éclairantes sur cet apparent paradoxe. Il est d’autant plus utile qu’il aborde cette question sous l’angle d’une activité ayant un but précis, le tir à l’arc où il s’agit de viser pour atteindre la cible. Ici pas de risque de confondre le laisser faire avec un “laisser aller” paresseux. Pour réussir son coup, il faut maintenir la bonne posture ainsi que la bonne concentration et certainement ne pas s’avachir comme une loque !

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Samsara, un regard méditatif sur le monde

Documentaire, album d’images sans paroles, Samsara est un film hors normes réalisé par Ron Fricke, auteur du déjà cultissime Baraka. Son prochain opus s’annonce tout aussi magnifique.

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Gribouiller focalise l’attention et rend plus créatif

Griffonner est une activité très mal vue de nos jours. Peut-être étiez-vous l’un de ces élèves “pris en flagrant délit” de gribouillages dans les marges de son cahier ? Un motif de tirage d’oreilles et une preuve, pour le professeur, que vous n’étiez pas concentré ! De la même façon, aujourd’hui, griffonner en pleine réunion de travail risquerait d’être interprété par votre patron comme de l’ennui ou un manque d’attention…

Les préjugés ont la vie dure ! Le gribouillage n’aurait pas sa place dans des activités sérieuses. Et pourtant… Des recherches montrent que gribouiller pendant une activité d’écoute peut améliorer la  mémorisation des informations de 29 %.

Le griffonnage empêcherait en effet de partir dans des rêveries où on ne porte plus attention à ce qui se passe. Il permettrait, au contraire, de maintenir la concentration intacte. A l’inverse de toutes les idées reçues, griffonner aide à mieux focaliser son attention. C’est une activité qui permet de maintenir le cerveau en éveil, même dans une situation mortellement ennuyeuse !

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Méditer réduit le sentiment de solitude

Une étude récente montre que la méditation réduit le sentiment de solitude chez les personnes âgées et contribue à l’amélioration de leur santé.

Meditate

Meditate (Photo credit: NA.dir)

Les chercheurs ont demandé à des personnes de 55 à 85 ans de suivre un programme de méditation de pleine conscience (MBSR) pendant huit semaines. Celui-ci incluait une séance de méditation quotidienne de 30 min, des exercices de prise de conscience du corps (attention portée sur les sensations, sur la respiration…) 2 heures par semaine en groupe, et une journée entière de retraite méditative.

Après huit semaines, les psychologues ont observé une réduction significative du sentiment de solitude. Or, on sait que le sentiment d’être socialement déconnecté aggrave le risque de problèmes de santé et de mortalité.

Solitude, méditation et santé : des liens démontrés

Les chercheurs ont également découvert que ces exercices avaient régulé l’expression des gènes responsable des maladies inflammatoires (l’expression de ces gènes étant aggravé par le sentiment de solitude). Ce qui signifie que la méditation peut jouer un rôle dans le renforcement du système immunitaire et favoriser la lutte contre les maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives (Alzheimer par exemple) et contre le cancer.

“Il est tout aussi important d’entraîner son esprit, que de muscler ses biceps à la gym”, explique le chercheur J. David Creswell.

Source : http://www.futurity.org

Etude originale :
Mindfulness-Based Stress Reduction training reduces loneliness and pro-inflammatory gene expression in older adults, de J. David Creswell, Michael R. Irwinb, Lisa J. Burklund, Matthew D. Lieberman, Jesusa M.G. Arevalob, Jeffrey Mab, Elizabeth Crabb Breenb, Steven W. Coleb